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DISCOURS
DE SON EXCELLENCE MONSIEUR LE PRÉSIDENT
DU CONSEIL NATIONAL DE LA TRANSITION

« Renouveau de la décentralisation au Burkina Faso : Quelles propositions de réformes pour la prochaine décennie «  ?

Monsieur le Ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation,
Mesdames, Messieurs les membres du Gouvernement,
Honorables députés,
Monsieur le Directeur du Bureau de la Coopération suisse au Burkina Faso,
Monsieur le Président du Laboratoire Citoyennetés,
Mesdames et Messieurs les partenaires techniques et financiers,
Mesdames, Messieurs les responsables et représentants des partis politiques,
Eminentes personnalités invitées ès qualités,
Distingués invités en vos rangs, qualité et grades respectifs,
Chers participants,

La tenue de la présente conférence internationale sur le thème « Renouveau de la décentralisation au Burkina Faso : quelles propositions de réformes pour la prochaine décennie ? », constitue, une fois de plus, la concrétisation d’un engagement, celui de l’Association burkinabè à vocation régionale, Labo Citoyennetés, pour un accompagnement plus efficace du processus de décentralisation, toujours en cours dans notre pays.

Avant de partager notre vision sur ce thème qui est plus d’actualité au moment où les Burkinabè se préparent aux différentes élections devant leur permettre de désigner leurs prochains dirigeants, je voudrais saluer l’œuvre d’une organisation pionnière dans la Recherche-Actions en matière de décentralisation. En effet, si le principal objectif de la décentralisation est de créer un système de gouvernance proche des populations en vue de favoriser à la fois le développement local et la démocratisation, il est quasiment impossible de réaliser un tel pari sans adopter une démarche conséquente, une démarche qui allie concertations, réflexions et synergies d’actions.
C’est bien à cet exercice que le Labo Citoyennetés et ses partenaires vous invitent, nous invitent au cours de cette conférence internationale. Je ne peux qu’adhérer à cette approche et vous inviter, à mon tour, à profiter de ce temps qui vous est donné pour comprendre les enjeux actuels de la décentralisation en vue de nous proposer des pistes, les meilleures qui nous permettront de penser et d’agir au cours des dix prochaines années.

Distingués invités, chers participants,
Après ces propos préliminaires, je voudrais également m’associer à la grande conviction qui fonde la nécessité de s’engager dans une démarche prospective en matière de décentralisation et donc de faire des propositions de réformes pour la prochaine décennie. Vous convenez avec moi que l’objectif premier de la décentralisation n’est pas seulement d’installer des conseils municipaux dans tout le Burkina, mais de favoriser, véritablement, la participation des populations locales au développement et à la démocratie. Car, avant la politique de décentralisation, le pouvoir central se contentait de décider des besoins des populations sans même se donner la peine de consulter celles-ci. Et les conséquences de cette mauvaise manière de gouverner sont entre autres :

 Une planification inadéquate et inadaptée des actions de développement à la base,
 La non-prise en compte des besoins réels des populations.
Certes, dans le contexte burkinabè où tout avait été mis en œuvre par le régime déchu pour concentrer le pouvoir entre les mains d’une seule personne, il était encore plus difficile de réaliser une décentralisation véritable. C’est pour mettre fin à cette conception autocratique et patrimoniale de l’Etat que les Burkinabè de tous les horizons, de toutes les couches sociales ont entrepris des actions multiples et multiformes qui, ont abouti à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014.

En choisissant d’engager la réflexion sur les propositions de réformes à faire pour une décentralisation plus en phase avec les aspirations profondes des Burkinabè au développement local et à la démocratie, le Labo Citoyennetés et ses partenaires sont plus que jamais sur la même longueur d’onde que la Transition politique à laquelle nous apportons notre modeste contribution au Conseil National de la Transition (CNT).

L’une des exigences d’une bonne décentralisation, c’est aussi et surtout une bonne distribution des rôles entre les différents acteurs. Au CNT, nous avons joué notre partition en procédant au mois de mai dernier, entre autres choses, à la modification de la Loi n°0055 2014/AN du 24 décembre 2004 portant Code général des Collectivités. Il y a également le Code minier qui consacre désormais une contribution plus significative des retombées de ce secteur au développement local. Dans le même esprit, des équipes de Députés sont actuellement sur le terrain pour s’enquérir du fonctionnement des Délégations spéciales mises en place à la suite de la dissolution des Conseils municipaux et régionaux.

Mais nous reconnaissons que cette loi n’aura pas d’effet si les autres acteurs n’assument pas également leurs rôles sur le terrain. C’est dans la synergie d’actions que nous pouvons résoudre les problèmes de planification, de prise en compte des besoins réels des populations et aussi de la bonne gestion des ressources publiques et de la bonne gouvernance des institutions locales. Sans la participation des populations, on ne peut pas parler de responsabilité citoyenne. Sans adhésion des populations et sans une référence à leurs assises culturelles, il n’y a pas de collectivité véritablement locale. La décentralisation ne saurait se réduire à un transfert de prérogatives du pouvoir central aux autorités locales, mais celle-ci doit reposer sur les ressources socio-culturelles locales.

Nous restons enfin convaincu qu’on ne peut pas décentraliser sans transférer réellement les ressources qu’il faut aux collectivités locales. Mais ces ressources ne peuvent pas se limiter uniquement aux aspects matériels et financiers. Il faut transférer réellement tout ce qui permet aux populations locales de disposer effectivement du pouvoir de choisir ceux qui veulent les gouverner et de décider de leurs besoins en matière d’infrastructures éducatives, sanitaires et économiques. Un pouvoir sans savoir et sans avoir n’est qu’une coquille vide. C’est cela qui conduit à une décentralisation en trompe-l’œil.

Distingués invités,
Chers participants,
Mon intime conviction est qu’être bon citoyen, c’est participer à la vie de la cité, que ce soit à un niveau de toute la République ou seulement de la collectivité locale. Aussi, il me paraît urgent d’en finir avec la conception jacobine de la décentralisation et ses mécanismes ségrégationnistes et élitistes pour aller vers une décentralisation qui donne de vrais pouvoirs d’intervention aux citoyens pour agir.

Oui, je crois qu’au cœur de la décentralisation, la démarche participative doit être inscrite en lettres d’or ! Oui, je crois que par rapport à la décentralisation, la question sociale doit être centrale et cela doit exiger des mesures innovantes, ambitieuses et urgentes.

Distingués invités,
Chers participants,

Il y a donc de la matière pour penser le Renouveau de la décentralisation au Burkina Faso. Il nous appartient à tous, de jouer pleinement notre partition pour offrir le meilleur à nos populations qui n’ont que trop attendu.

Je vous exhorte donc à vous investir sans réserve, et ce à travers des débats francs et sincères pour le succès de cette conférence.

Avant de clore mes propos, je réitère mes remerciements à tous les participants, aux organisations sœurs et aux partenaires qui accompagnent le Laboratoire Citoyennetés dans la réalisation de ses nombreux chantiers. Nous prions Dieu pour qu’il vous comble et vous accompagne dans vos missions de renforcement de la démocratie locale.

Sur ce, et vous souhaitant plein succès à vos travaux, je déclare ouverte la conférence internationale sur le thème « Renouveau de la décentralisation au Burkina Faso : quelles propositions de réformes pour la prochaine décennie ».

Je vous remercie pour votre attention !