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FILEP 2015 : L’allocution du parrain de cette édition, Cheriff Moumina Sy

Les lampions de la 6ème édition du Festival international de la liberté d’expression et de presse (FILEP) se sont allumés ce matin, 16 septembre 2015, au Conseil burkinabé des chargeurs (CBC). Cette édition est parrainée par le président du CNT, Cheriff Moumina Sy. Son discours lors de la cérémonie d’ouverture.

Chères Consœurs, Chers Confrères,
Honorables Invités,
Mesdames, Messieurs,
Le devoir de reconnaissance, m’oblige à réserver mes premiers mots à un hommage à tous ces pionniers et fidèles du rendez-vous du Festival de la Liberté d’Expression et de Presse (FILEP).
Il ne suffit pas de créer un festival, il faut travailler à maintenir le flambeau allumé pour l’avènement d’une Afrique où la parole est libre avec une presse à l’avant-garde de tous les combats.
A cet hommage aux acteurs qui portent le FILEP, j’associe mes vifs remerciements à tous les participants à cette 6e édition du FILEP, pour leur présence qui rehaussera à coup sûr la qualité de nos débats.
Je souhaite à tous la cordiale bienvenue au Burkina Faso, en terre libre et hospitalière du pays des hommes intègres.
Loin d’être une simple tradition qui se perpétue, le FILEP est un miroir dans lequel se mire tout un continent à la recherche d’une boussole qui va harmonieusement guider les pas de nos Etats vers l’avènement d’une Afrique unie et solidaire.
A quelques semaines de la tenue d’élections présidentielles et législatives devant marquer la fin de la transition politique dans laquelle notre pays, le Burkina Faso, s’est engagé au lendemain de l’insurrection populaire qui a mis fin au régime du Président Blaise Compaoré, nous avons souhaité montrer, à travers les activités de cette édition du FILEP, que les médias peuvent jouer, et jouent un rôle incontestable dans les changements politiques en Afrique.
La conviction profonde qui justifie le choix du thème « Médias et changements en Afrique : Quelle contribution », est que pour réussir des changements politiques qualitatifs, la contribution des médias doit être transversale.
Au cours des débats et des échanges auxquels la présente édition du FILEP nous convie, vous serez amenés à réfléchir sur le rôle et la place des médias dans la l’avènement des changements sociaux, politiques et institutionnels sur notre continent.
Chères Consœurs, Chers Confrères,
Honorables Invités,
Mesdames, Messieurs,
La question des changements pour laquelle vous mettrez la contribution des médias en débat, ne concerne pas uniquement les mœurs, encore moins les goûts, mais bien entendu, le changement dans la vie politique, c’est-à-dire, le changement dans les rapports entre les institutions, le changement dans le mode de désignation des dirigeants, le changement dans la composition du gouvernement, le changement dans la durée des mandats à la tête des Etats, et enfin, le changement dans le type de société.

Sans avoir la prétention de me lancer dans une rhétorique ou encore dans une énonciation de pistes en rapport avec le thème.
En lieu et place des éminents communicateurs que j’ai l’honneur de saluer à cette tribune, je voudrais insister sur la nécessité d’envisager la question du changement en termes de rupture avec un passé et un présent politique qui n’ont pas toujours favorisé la justice, l’équité, la liberté et la démocratie pour les peuples africains.
Sans rupture dans la gouvernance politique et dans les structures établies, on ne peut pas parler de changement véritable. Tant que l’ensemble des citoyens d’un pays n’est pas touché dans ce qu’il a de plus profond et de plus essentiel, il ne saurait y avoir de changement susceptible de provoquer une transformation qualitative de la société.
Comme on peut le voir, le changement désigne un phénomène essentiellement collectif. Il s’agit d’une démarche collective par laquelle une collectivité prend conscience de son désir de rompre avec des pratiques avilissantes et condamnables pour se donner une nouvelle identité. Le changement ne s’obtient pas par un seul individu, aussi charismatique et aussi puissant soit-il.
Chères Consœurs, Chers Confrères,
Honorables Invités,
Mesdames, Messieurs,
La volonté de changement exprimée par les burkinabè à travers l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 n’est que l’aboutissement d’un long processus de prise de conscience de la confiscation du pouvoir par un clan, au détriment de la majorité des burkinabè qui ployaient sous le poids de la misère. Pendant plus d’un quart de siècle, le régime du Président COMPAORE, a manipulé à sa guise la Constitution, le Code électoral, la Justice et l’administration publique en générale.
Les crimes de sang, la corruption, la politisation de l’administration, sont quelques segments de la forfaiture orchestrée par Blaise COMPAORE et son clan, forfaiture forgée au gré d’un appétit vorace pour le pouvoir, sous-tendu par le népotisme, le clientélisme et caractérisé par un mépris pour le peuple souverain du Burkina Faso.
La lutte qui a conduit à ce que tous les démocrates ont salué et qualifié par certains de « printemps ou de deuxième révolution burkinabè » n’a donc pas commencé seulement au mois d’octobre 2014.

En effet, l’histoire du Burkina Faso est une histoire de résilience, d’espoir et de ténacité, de force et de courage face à l’adversité. C’est l’histoire de femmes et d’hommes qui ont résisté farouchement à pénétration coloniale, qui ont vu leur pays ployer sous le joug colonial, déchiré et divisé, reconstitué puis être déchiré et reconstitué à nouveau. C’est l’histoire de femmes et d’hommes qui, par des luttes multiformes, avec courage et abnégation ont conquis leur indépendance politique.
L’histoire du Burkina Faso, c’est l’histoire d’une lutte permanente pour une société où il fait mieux et bon vivre. C’est l’histoire des différentes classes et couches sociales qui ont magnifié le travail libérateur et sacralisé l’amour pour leur pays.
Avant l’insurrection populaire, il y a d’abord eu les mobilisations consécutives à l’assassinat de notre confrère Norbert ZONGO et ses compagnons d’infortune le 13 décembre 1998.
Avant l’insurrection, il y a eu la contestation permanente, la revendication de la lumière et de la justice par rapport à l’assassinat du vaillant africain combattant, j’ai nommé le Président du Faso, le Camarade Thomas SANKARA.
Avant l’insurrection, il convient aussi de rappeler le Soulèvement populaire du 3 janvier 1966 par lequel le régime du Président Maurice YAMEOGO, a cédé sous le poids de la rue l’obligeant à remettre le pouvoir à l’armée.
C’est justement parce que nous avons cette tradition de grandes mobilisations populaires, que nous avons réussi à faire plier le régime de Blaise Compaoré sans que cela ne dégénère nécessairement dans une guerre civile comme certains l’avaient prédit pour le Burkina Faso.
Et cela me donne l’occasion de reconnaître que chaque société, chaque pays, chaque Etat a son histoire. Les causes et les conséquences des changements politiques ne sont jamais identiques. Car les résultats, les acteurs et les formes de mobilisation varient d’une société à l’autre. Ce qui s’était passé en Tunisie n’était guère la même chose qu’en Egypte et tout dernièrement encore au Burundi. Le plus important, c’est que les conditions objectives et subjectives soient réunies
Chères Consœurs, Chers Confrères,
Honorables Invités,
Mesdames, Messieurs,
Ce qui est important à relever, après l’insurrection populaire du Burkina Faso, c’est bien l’intérêt de notre peuple pour la politique. La chose politique est devenue comme une folie collective qui s’est emparée de toutes les couches de notre société. Mais ce phénomène n’est aucunement le fait du hasard. Le succès des émissions radiophoniques d’expression directe qui alimentent les grilles des programmes des différents médias à l’échelle de tout le pays, est la conséquence du nouveau rapport entre les populations éprises de changements politiques et les médias.
Avant l’insurrection, nombre de nos concitoyens avaient fini par croire que le Burkina Faso était condamné au statu quo avec le régime Compaoré.
Mais aujourd’hui, tous croient au changement avec des attentes sociales pressantes parfois, mais tout à fait compréhensibles.
Je me suis permis cette longue digression sur le cas du Burkina Faso pour vous permettre de voir que notre société, comme toutes les autres d’Afrique, n’est pas figée, elle est susceptible de changement.
En mettant la dynamique de changement en rapport avec la contribution des médias, nous nous rendons compte que le changement exige une interaction entre plusieurs acteurs, avant de prendre forme.
Le changement n’est donc pas seulement le fait des médias. L’action des médias pourrait suffire à prendre conscience des transformations à opérer, mais il faut une mobilisation sociale des acteurs concernés pour aboutir au changement. Telle est la leçon, mais aussi et surtout la conviction que je voudrais partager avec vous.
Chères Consœurs, Chers Confrères,
Honorables Invités,
Mesdames, Messieurs,
Le changement politique ne se décrète pas, il se conquiert parfois au péril de la vie, il se cultive avec abnégation et patience, s’apparente à une transformation longue et profonde à laquelle les médias doivent apporter leur contribution au quotidien, à l’image de la succession de gouttes d’eau qui finissent par transpercer une pierre, aussi solide et dure soit elle.
Oui, il s’agit de perturber des rapports de domination établis et si ancrés qu’on n’ose pas s’y aventurer. Ce n’est pas une mince affaire. Les résistances et les obstacles au changement sont si nombreux en Afrique qu’il faut un travail de longue haleine pour y arriver.
Comme je l’ai également fait remarquer plus haut dans mon propos, on ne peut y arriver sans une démarche collective qui implique tout le monde. Les acteurs politiques, les organisations de la société civile, les acteurs culturels autant que les médias, jouent un rôle essentiel dans la formation de la pensée collective citoyenne. L’action de chacune de ces entités est primordiale pour éveiller les consciences à l’importance de la mobilisation publique pour un changement qualitatif.
Chères Consœurs, Chers Confrères,
Honorables Invités,
Mesdames, Messieurs,
Avant de terminer mon propos, je voudrais vous inviter à faire vôtre cette pensée de Ghandi : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». si chacun de nous faisait de cette maxime une doctrine, l’Afrique deviendrait une véritable puissance politique dans le concert des Nations.

Et pour transformer l’Afrique, toutes les composantes socio-professionnelles doivent s’y engager.
Notre continent a besoin de figures emblématiques des médias, de la culture, de la politique et de la société civile pour porter les différentes aspirations au changement.
Je me félicite et je salue l’engagement de plusieurs professionnels des médias en faveur du changement, parfois au péril de leurs vies.
A vous, participants à la 6e édition du FILEP, dignes représentants de l’ensemble des professionnels des médias du continent, vous avez un rôle capital à jouer. Alors, oui, soyez créatifs, soyons ambitieux et audacieux. Menez la bataille pour le changement dans l’intérêt de tous les citoyens du continent. J’aimerais terminer par ces paroles d’espoir de feu professeur Joseph Ki-Zerbo, un vaillant combattant de la liberté et de la démocratie qui dit : « Malgré les obstacles géants, des épreuves majeurs et des erreurs tragiques, l’Afrique a illustré notre aptitude au changement et au progrès (…) chaque Africaine, chaque Africain doit être, ici et maintenant, une valeur ajoutée. Chaque génération à des pyramides à bâtir ».

Vive la Liberté d’expression et de presse,
Vive le FILEP
Vive l’Afrique

Je vous remercie pour votre attention