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Mot de son Excellence Moumina Cheriff SY à la 133ème Assemblee de l’Union Inter-Parlementaire Genève ; 17 – 21 oct. 2015

Thème : « Des migrations plus justes, plus sensées et plus humaines : un impératif économique et moral »

- Monsieur le Président de l’Union Interparlementaire ;
- Monsieur le Secrétaire général de l’Union Interparlementaire ;
- Mmes et messieurs les chefs de délégations,
- Honorables délégués ;
- Distingués invités ;
- Mesdames et messieurs ;

Avant de livrer la contribution du Burkina Faso sur le thème qui fait l’objet de notre débat général, permettez-moi de saisir l’occasion pour renouveler, au nom du peuple Burkinabè, au nom de l’ensemble des députés du Conseil National de la Transition du Burkina Faso, toute ma gratitude à l’ensemble des acteurs de la communauté internationale pour le soutien et la solidarité dont nous avons été l’objet lors des épreuves douloureuses du coup de force que mon pays a connu le 16 septembre dernier.

Je salue la détermination de tous les défenseurs de la démocratie qui, à l’unanimité, ont condamné cet acte terroriste rétrograde qui, a consisté à prendre en otage les institutions de la transition burkinabè alors même que le pays se préparait à entamer la campagne électorale devant aboutir à des élections présidentielles et législatives.

Je voudrais particulièrement saluer les positions fermes et courageuses du Président du Niger, du Président du Tchad, du Président de l’Afrique du Sud, du Président de la Guinée et du Secrétaire Général des Nations Unies pour avoir rejeté, dès les premières heures, cette atteinte à la démocratie en construction au Burkina Faso.

A ces hommages, j’associe la reconnaissance de mon pays à la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour sa médiation et à l’Union Africaine pour les sanctions exemplaires prises contre les putschistes, mus par des intérêts égoïstes, aux antipodes de la légendaire réputation d’intégrité reconnue au peuple burkinabè.
C’est grâce à ces soutiens multiformes conjugués avec la résistance de notre vaillant peuple que vous avez assisté à un retour rapide aux institutions de la Transition.

Aujourd’hui la parenthèse douloureuse s’est refermée. Malgré des stigmates indélébiles comme les pertes en vie humaine et les nombreux dégâts matériels qui nous rappellent encore l’horreur du putsch avorté, cela n’a fait que renforcer davantage la fibre patriotique et l’élan de solidarité du peuple burkinabè qui, pour la deuxième fois, a réaffirmé son désir profond de voir respectées, les règles constitutionnelles, garantissant une démocratie réellement fondée sur des valeurs républicaines.

Les élections présidentielles et législatives sont prévues pour le 29 novembre prochain. Au seuil de ces nouvelle échéances électorales, je m’en voudrais de quitter la présente tribune sans renouveler ma reconnaissance à l’endroit de l’ensemble des acteurs qui nous accompagnent dans la mise en œuvre du processus électoral pour nous engager sur le chemin irréversible de l’édification de l’Etat de droit et de la démocratie véritable.

- Monsieur le Président ;
- Honorables délégués ;
- Mesdames et messieurs ;

La présente session de l’UIP, s’ouvre sous un thème ô combien d’actualité brûlante qu’est la question migratoire. Pour les pays en voie de développement comme pour les pays développés, il s’agit d’un défi qui fait appel à des mesures fortes et urgentes.

Lorsque le quotidien des peuples se trouve anéanti par des conflits sans espoir de résolution définitive, la migration est très souvent perçue comme la seule issue possible, parfois sans tenir compte des impératifs du pays d’accueil.
Le principal motif du départ de plusieurs migrants se résume au besoin de fuir l’horreur de la guerre ou de la misère pour une terre d’accueil au péril de sa vie et généralement au prix de multiples sacrifices financiers.

Mais la racine du mal de la crise migratoire se trouve d’abord et avant tout dans l’injuste répartition des richesses mondiales. Ce n’est un secret pour personne que les meilleures conditions de vie sont concentrées dans les pays du Nord tandis que la plupart des pays du Sud n’ont que la pauvreté et la misère en partage. Si les premiers pays sont considéré comme des eldorados imprenables, c’est bien parce que les dirigeants de ces pays ainsi que leurs multinationales ont fait main basse sur les ressources naturelles qui auraient pu permettre un développement plus juste et plus équitable du monde.

Que dire également des puissances économiques qui, au nom de l’impérialisme et du néocolonialisme, apportent et continuent d’apporter leurs soutiens à des régimes dictatoriaux, égoïstes et indifférents au droit de leurs peuples à un développement humain durable ?

La recherche d’une solution pérenne à la crise migratoire commande que nous trouvions, ensemble, des mécanismes de prévention et de résolution qui, sont à l’origine des maux que nous venons de décrire plus haut : à savoir les conflits, mais aussi le néocolonialisme et l’impérialisme économique.
Ma conviction est qu’il faut s’affranchir de certains clichés et stéréotypes pour aborder la question migratoire, sans passions.

- Monsieur le Président ;
- Honorables délégués ;
- Mesdames et messieurs ;

Choisir d’aborder la problématique migratoire dans un cadre parlementaire inclusif comme celui de l’UIP, constitue en soit une évolution significative dans l’acception que l’on doit se faire désormais de cette question dont la complexité et l’envergure imposent une approche globale et concertée dans la définition des réponses.
Il faut le reconnaitre, le problème migratoire a longtemps souffert d’une analyse partielle de ses déterminants de la part de certains politiques, avec pour conséquence immédiate un renforcement de la phobie de l’étranger, une aggravation de la hantise permanente d’être envahi, un renforcement de la crainte nationale de voir se déstructurer les dispositifs de protection sociale.

On circonscrit le problème autour de zones de départ, de zones de destination via des espaces de transit, alors que cette compréhension des choses n’est, en réalité, que la résultante logique de longues années de mal-gouvernance des pays pauvres dans un contexte de passivité de la communauté internationale.
Aussi longtemps que va persister une coopération internationale biaisée et basée sur les seuls intérêts d’Etats égoïstes, l’équation de l’immigration restera difficile à traiter.

Il nous faut opérer une révolution dans nos perceptions, pour que triomphe une humanité où chaque composante assume avec honneur et responsabilité son engagement.

Pour nous parlementaires, qui agissons dans le cadre des mandats délivrés par les populations, le rendez-vous de cette 133ème Assemblée générale de l’UIP doit consacrer l’adoption de textes et lois par nos différents parlements émanant de politiques efficaces et incluant de véritables mécanismes de résolution des questions migratoires afin de favoriser des migrations plus justes, plus sensées et plus humaines.

En mettant les valeurs de justice et d’humanité au cœur de la question humanitaire, nous faisons un pas important en avant. Il s’agit, à mon sens, de ce qui manquait pour travailler à la paix et à la stabilité dans un monde où tous les hommes aspirent légitimement à plus de liberté, de justice et de bien-être. Ces valeurs sont non seulement universellement partagées, mais elles ne supportent plus les frontières artificielles qui séparent les Etats.

Je ne saurai terminer mes propos sans renouveler ma conviction que plus nous travaillerons pour des migrations plus justes, plus sensées et plus humaines, plus nous affirmons l’égale dignité de tous les humains, l’égale souveraineté des peuples et la solidarité internationale.

Je vous remercie pour votre aimable attention !